Entreprise libérée, pyramide inversée... de la théorie à l'action !

Méthodes d’idéation : brainstorming, Metaplan, TRIZ, 6 chapeaux…

A présent un zoom sur l’étape probablement la plus emblématique de l’innovation, à savoir la phase d’idéation.

La théorie universitaire nous apprend que pour sortir des sentiers battus et parvenir à imaginer des concepts originaux, il faut passer par une phase de divergence (génération d’idées) suivie d’une phase de convergence (élimination des possibles). Et on peut recommencer autant de fois que nécessaire.

Pour mémoire, la créativité correspond à l’adoption d’une posture de jeu, beaucoup plus fréquente chez les enfants que chez les adultes, surtout lorsque ces derniers occupent des postes de responsabilité dans de grandes entreprises, ou lorsque l’objet de leurs réflexions est lourd de conséquences. Difficile de s’abstraire du réel dans ces cas-là, n’est-ce pas ?

la pensée originale, la fulgurance, procède par analogie et pas par raisonnement cartésien – celui-ci interviendra plus tard, au moment de la convergence.

Dans l’histoire, pour conjurer la malédiction de la page blanche, plusieurs méthodes ont été utilisées.

Les plus célèbres :

  • s’exposer à des idées, images ou sons qui n’ont rien à voir avec le sujet, pour mettre en marche l’analogie ;
  • absorber des substances qui déconnectent le cortex (mais ces substances sont le plus souvent prohibées).

Le brainstorming

Une méthode en particulier est quasiment devenue la norme en entreprise, il s’agit du brainstorming, ou remue-méninges. Cette méthode a été décrite par un publicitaire américain, Alex Osborn, en 1948. Alex Osborn, c’est le « O » de l’agence BBDO, une vraie pointure de la publicité, un modèle pour les Mad Men de la série télé. Tout est décrit dans « Your Creative Power. How to Use Imagination to brighten life, to get ahead« .

Le principe  est le suivant : on réunit de 5 à 8 personnes dans une salle, sous le contrôle d’un modérateur. Celui-ci commence par expliquer ce qui est recherché, il cadre le sujet. Un cadrage trop large et on n’obtiendra que des délires sans substance, trop serré et on éliminera des pistes créatives potentiellement intéressantes. Ensuite le modérateur utilise un certain nombre de méthodes éprouvées pour débrider la créativité individuelle, pour forcer à réfléchir « out of the box », en-dehors de la boîte, comme ceci par exemple :

  • comment dessiner 4 triangles équilatéraux identiques avec 6 allumettes ?
  • comment couper un gâteau en 8 parts égales avec 4 coups de couteau ?
  • comment découper un carré en 5 parts identiques ?

Dans un premier temps, d’une durée de 20 minutes environ, chaque participant réfléchit individuellement et note ses idées sur de petites feuilles, en général auto-adhésives depuis l’invention du Post-It en 1972.

Après cette phase chacun se lève à son tour, expose aux autres l’une de ses idées, et va la coller sur un mur. Les autres écoutent et peuvent réagir, mais uniquement sur une base constructive, ou bien en posant des questions. L’idée est de ne pas fermer de porte, mais d’élaborer des idées meilleures à plusieurs. Au fur et à mesure que les idées sont exposées, elles en donnent d’autres aux participants.

Ne vous attendez pas à des miracles dès les premières minutes : les participants passent un petit moment à s’observer pour savoir ce qu’il « faut » faire, ce qui est socialement acceptable en somme. Et puis dans un second temps ils se lancent mais buttent d’abord sur les idées pseudo-originales, ce qu’on appelle « la purge » en langage technique. IL faut un certain temps pour que les idées originales commencent à sortir. Le rôle du modérateur est aussi de favoriser ce passage, en particulier en mettant en valeur les idées qui n’ont à coup sûr aucune chance d’aboutir, mais qui ont le mérite de remettre en cause certains dogmes, explicites ou implicites.

Après cette phase, en général on procède à un regroupement par grandes catégories, qui permet de déceler les idées proches et probablement de les traiter plus simplement.

Cette méthode trouve une forme d’aboutissement dans la méthode Metaplan, complètement décrite dans « Metaplan, les règles de la méthode« , qui vient avec du matériel certifié mais qui peut aussi être conduite avec les moyens du bord.

Il est à noter que les règles de base du brainstorming sont restées inchangés depuis l’origine, mais qu’elles ont été remises en cause récemment dans diverses études universitaires.

En particulier, certains chercheurs pensent qu’il vaut mieux laisser les participants travailler purement en individuel, parce que le travail collectif fait perdre du temps et réduit l’originalité. D’autres pensent que la critique négative ne pose aucun problème, et qu’au contraire elle force à aller chercher des idées plus originales.

A noter enfin que d’après les universitaires il existe des raisons fondamentales pour lesquelles le brainstorming ne peut pas être transposé à un travail collectif sous format électronique. La société Motivation Factory a pourtant démontré le contraire grâce à son outil de créativité collective en ligne nommé « MFbrainstorm« , lancé en 2013. Son ergonomie simple et attractive, et le fait qu’il laisse les participants libres d’allouer leur temps comme ils le souhaitent entre la réflexion individuelle et la lecture des idées des autres, pourraient expliquer son succès.

MFbrainstorm

La méthode TRIZ

La méthode TRIZ repose sur un trait de génie (à mon sens), celui de M. Genrich Altshuller, né en Ouzbékistan en URSS, ingénieur et auteur de science-fiction. Employé du bureau des brevets de la marine nationale soviétique, il aide les inventeurs et dépose lui-même des brevets. Il se rend compte un jour que la plupart des brevets reposent sur la mise en oeuvre de principes simples, qui permettent d’apporter une solution nouvelle à un problème connu. Il rassemble cette découverte sous forme d’une théorie, mise en forme à partir de 1946 et jusqu’en 1980, date à laquelle sa théorie reçoit un écho international après avoir été formellement présentée lors d’une conférence.

Alors qu’est-ce que c’est que TRIZ ?

TRIZ ça vient évidemment du russe, précisément de : Теория Решения Изобретательских Задач, c’est à dire : Théorie de Résolution de Problèmes Inventifs.

La méthode originale demandait une solide expérience pour être mise en oeuvre avec succès, fonctionnait essentiellement sinon uniquement dans le domaine technologique, et se prêtait mal à l’informatisation. Depuis 1992 le centre de recherche original a été relocalisé aux Etats-Unis et est désormais animé par la société Ideation International.

Il n’en reste pas moins que les 40 grands principes analogiques identifiés par M. Altshuller constituent une formidable base de réflexion si vous avez un problème à résoudre – ils fonctionnent un peu comme les axes de rotation d’un Rubik’s Cube, obligeant à revoir les choses sous un angle neuf.

Par exemple, voici quelques-uns de ces grands principes, mais pour les avoir tous je vous renvoie vers cette liste détaillée.

  • Segmentation
    • Diviser un objet en parties indépendantes
    • Réaliser un objet démontable (faciliter le démontage)
    • Accroître le degré de segmentation (fragmentation)
    • Un exemple d’application : le PC d’IBM, qui a décomposé un PC standard en sous-éléments normés
  • Inclusion (poupées ruses)
    • Placer successivement les objets les uns dans les autres
    • Emboîter une partie de l’objet dans une partie creuse de l’autre
    • Un exemple d’application : le télescope de Newton, dans lequel les rayons lumineux sont réfléchis 2 fois dans le tube, réduisant ainsi considérablement l’encombrement par rapport à une lunette.

Je vous renvoie aussi à cet excellent document qui présente en détail les 40 principes et les illustre tous individuellement.

Les 6 chapeaux

Cette méthode a été développée par le fameux Edward de Bono, un expert en sciences cognitives originaire de Malte, en application de la fameuse maïeutique de Socrate.

Vous en trouverez tous les détails dans son ouvrage paru en 1967 : « Six Thinking Hats », en français « Les six chapeaux de la réflexion« .

Le principe est de forcer les participants au groupe de créativité à être « sur la même longueur d’onde » tout en parcourant pas à pas un cheminement complet, suivant les étapes suivantes :

  • chapeau blanc : la neutralité, le simple énoncé des faits ;
  • chapeau rouge : la critique émotionnelle, la passion, l’intuition ;
  • chapeau noir : la critique négative, l’avocat du diable, la prudence ;
  • chapeau jaune : la critique positive, l’optimisme ;
  • chapeau vert : la créativité, la pensée latérale ;
  • chapeau bleu : l’organisation, la canalisation des échanges.

Cette méthode peut aussi être utilisée à titre individuel.

Les autres méthodes de créativité

Il existe de très nombreuses autres méthodes de créativité, individuelles et collectives.

Vous en trouverez un répertoire large et très bien expliqué dans « la Boîte à Outils de la Créativité« .  Je vous recommande en particulier la méthode SPIDER inventée par François Debois, qui présente la particularité, en plus de son métier à temps plein de formateur sur le sujet, d’être scénariste de bandes dessinées.

Les conditions de l’innovation <–

–> La conception de produit innovant

[Total : 2    Moyenne : 1.5/5]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Qui est Marc Devillard ?

Ben c'est moi. Ancien haut fonctionnaire, pipeliner chez les Papous, consultant en stratégie et organisation, patron d'une startup dédiée au livre électronique, marketeur chez Microsoft, capital-risqueur... J'ai eu au moins 9 vies et compte bien en avoir au moins 9 autres !

Commentaires récents